La Canarde sauvage
journal local et satirique à parution plus ou moins mensuelle - participation libre

Accueil > Z’ailleurs… > Une interdiction peut en cacher d’autres

Une interdiction peut en cacher d’autres

mercredi 24 mai 2017, par La Canarde

Interdiction de manifester le 1er mai, interdiction de bloquer cet été, interdiction de migrer en France : récit d’une journée particulière.

Convoqué à une audition libre le 24 mai au commissariat de Digne (04), un copain se voit reprocher d’avoir organisé la manifestation du 1er mai 2017 !!! Cette manifestation, à laquelle appelaient l’union nationale des lycéens (UNL), la confédération générale du Travail (CGT) et SUD-Solidaires, n’avait fait l’objet d’une déclaration préalable d’aucune de ces organisations (1er mai…), ce qui visiblement a chiffonné la police. Lors de son audition, le copain a déclaré qu’il n’était pas l’organisateur de cette manifestation, déclaration appuyée par une déclaration sur l’honneur d’un autre manifestant syndiqué lui aussi à la CGT. Les suites de cette affaire sont entre les mains du procureur de la République qui peut demander à un juge de se prononcer sur les faits. Une quinzaine de personnes sont venues en soutien devant le comico.

Le 1er mai est une date de manifestation et de revendication des ouvriers dans le monde entier depuis les années 1880 : peut-être certains policiers ne sont pas encore au courant... Ce 1er mai était particulier, comme celui de 2002 : c’était aussi une mobilisation contre la candidate du FN qui accédait au second tour de l’élection présidentielle, et qui représente clairement une menace contre la classe ouvrière.

Effectivement, cette manifestation n’a pas été déclarée par les organisateurs, UNL, SUD-Solidaires et CGT, mais faut-il le reprocher à quelqu’un qui ne s’est pas investi dans l’organisation de cette manifestation ? Ou à une bureaucratie syndicale visiblement débordée qui n’a plus le temps de remplir les formalités administratives, ni de se déplacer soutenir ses militants inquiétés par la police ? On peut aussi reprocher à la justice sa procédure : légalement, ce copain est convoqué (de manière obligatoire) pour témoigner sur son propre cas ; autant dire qu’il est appelé à s’auto-dénoncer.

Nous voyons dans cette menace de procès le ciblage d’une personne active dans la lutte contre la loi El-Khomri. Le candidat Macron a promis de bouleverser, par ordonnances, le code du Travail. En clair, il va supprimer à la hache des dizaines de dispositions protégeant les travailleurs. Les puants au pouvoir, Castaner compris, s’attendent à une contestation d’ampleur : ils avertissent déjà qu’on a pas le droit de bloquer la France. Où faut-il envoyer la demande d’autorisation ?

On peut aussi noter le téléscopage de deux luttes : le même jour, une cinquantaine de personnes se rassemblaient devant la préfecture de Digne, à quelques centaines de mètres, pour soutenir des demandeurs d’asiles menacés d’expulsion vers d’autres pays européens. La France, qui avait pourtant promis de traiter leur cas, préfère maintenant s’en débarrasser, en s’appuyant sur un obscur règlement européen 604/2013, auquel l’État peut pourtant déroger, ce qu’il a déjà fait [1]. Mais les fonctionnaires comme les politiques se soucient peu de cette chair humaine qu’ils ballotent d’un pays à l’autre, d’un bidonville à Calais à des CAO (centres d’accueil et d’orientation), de procédure en procédure... Le candidat Macron a promis de renforcer l’agence européenne de surveillance des frontières, Frontex : il n’est pas question pour lui de respecter le droit élémentaire des gen-tes qui fuient leurs pays à obtenir l’asile dans un pays en paix. Nul doute qu’il soutiendra aussi les ventes d’armes Made in France aux pays en guerre, d’où viennent justement tous ces réfugiés. Et c’est là que les politiques libérales se rejoignent dans leur non respect de l’humain.

D’après les éléments en notre possession, l’accusation repose sur un procès-verbal de police rédigé après la manifestation, complété par les informations fournies par les Renseignements territoriaux (ex RG) ; et dans le département voisin des Alpes-Maritimes, on a la même collaboration entre services de police dans la traque aux migrant.es, qui a aboutit à la mort de 10 d’entre eux en 2016 sur le sol français.

Autant de bonnes raison de nous faire gueuler « Tout le monde déteste la police !!! »

Répondre à cet article

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0