La Canarde sauvage
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Chemins de traverse, mon cul !

lundi 1er juillet 2019

Je ne sais plus quel ingénieur à Grenoble a déclaré lors d’une conférence à la chapelle Sixtine que le plus court chemin d’un point à un autre était la ligne droite, on voit bien que cet homme illustre dont j’ai oublié le nom n’habite pas où moi j’habite de cheval, parce que les virages bonjour quand il faut rentrer du bistrot et qu’on ne voit même pas les poteaux indicateurs. Faut bien qu’on rentre chez nous, s’indignait Carmet auprès d’un préposé à képi qui prétendait le gourmander en vertu de je ne sais quel article d’une loi datant au moins de Travail, Famille, Patrie alors que nous sommes encore en république, quand bien même tout porte à croire… alors que grâce au PS nous portons plutôt à gauche. Ostensiblement quoique fort discrètement.

Or, je souhaitais m’élever véhémentement, Monsieur le commissaire, contre les griefs qui me sont imputés quand on n’y voit goutte tout au long des un kilomètre et demi que je dois parcourir dans l’obscurité la plus complète pour aller du bistrot à chez moi au risque de me voir jeter dans le fossé par l’un ou l’autre de ces conducteurs hystériques qui s’entraînent pour les 24 heures du Mans alors qu’ils ne sont même pas dans la bonne direction parce que pour Le Mans faut prendre à gauche au carrefour d’Intermarché ou alors à droite au rond-point de Carrefour.
Donc, ce jour-là où il faisait déjà nuit j’arrive à proximité de ma résidence que la Macronie principale m’a attribuée pour services rendus à la patrie lorsque j’ai dénoncé l’arrivée inopinée de 723549 migrants embauchés avec des salaires de ministre de l’Écologie nucléaire pour ramasser les crottes de chiens dans les rues piétonnes de la ville voisine. On voit la gabegie d’une telle opération de com destinée à séduire un électorat crédule qui s’imagine sans doute que c’est avec des méthodes de ce genre que la France se redressera afin de donner l’exemple aux peuples européens. Dans l’état où elle est.
J’approchai donc de mon home alors que l’horloge municipale venait tout juste de sonner quatre heures du matin puisque j’avais quitté le repaire de la mère Tapdur alors qu’il était à peine onze heures. C’est assez dire combien le trajet fut long et périlleux. C’est alors que j’entrepris de gravir l’allée gravillonnée qui devait me mener jusqu’à la porte de ma cuisine où devait m’attendre au frais une bouteille de blanc d’Oingt car j’ai tendance à me déshydrater facilement et tout le monde vous dira à quel point le risque est grand passé un certain âge.

Je vous le confirme, les choses ne sont pas aussi simples que ce que l’on vous raconte à la télévision ou dans La semaine de Suzette si vous êtes abonné. Le chemin était tout de travers, sans e, méconnaissable. On aurait dit qu’un esprit facétieux avait pris plaisir à en modifier le parcours, créant des trous et des bosses là où le sol est habituellement plat comme mon portefeuille lorsque je reviens du bistrot. Je me suis réveillé au petit jour, très petit le petit jour, lorsqu’une tourterelle m’a chié sur le front en hululant comme si Niort avait battu Saint-Gervais-le-Fayet en dix-huitièmes de finale des éliminatoires définitives de la coupe des ringards. J’avais soif.

Michele Recalcati

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