La Canarde sauvage
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Dans la vallée de la Clarée, une belle histoire, mal comprise

vendredi 15 décembre 2017

Pour l’occasion, on appelera ces deux exilés Heckel et Jeckel. Ils nous racontent donc comment, une fois franchie la frontière, ils tombent sur « une femme blonde » dans son camion. Elle les accueille, leur offre veste, café, petits gâteaux, avant de les embarquer pour Briançon. Elle leur explique les risques de contrôle et qu’elle ne verrouille pas les portes pour qu’ils puissent fuir au cas où. Puis elle démarre et les mène directement... vers le premier contrôle :
— Madame, qu’avez-vous à déclarer ?
— Des migrants.
Et elle les livre aux decks.

C’est le comble du machiavélisme : elle endort leur méfiance sous un faux air amical, afin de mieux les balancer aux flics ! Heckel et Jeckel repassent donc en Italie, de force, puis en France, de nuit. Ils revoient la blonde, qui ne les remet pas (par contre elle reconnaît la veste qu’elle leur a donné). Ils se passent de son aide sans lui jeter de pierres, arrivent à Briançon, sont accueillis à la CRS. Quelques jours plus tard, ils montent Chez Marcel, où leur histoire circule abondamment, ils la content et recontent, sans varier.
Un mois plus tard, réunion d’aidants à Marseille. Une habitante de la région de Briançon raconte qu’elle est poursuivie pour aide à la circulation de migrants. Elle raconte les circonstances dans lesquelles elle s’est fait arrêter, où la phrase-clé du récit d’Heckel et Jeckel revient. Renseignements pris, il s’agit bien de la même histoire.
La dame était animée des meilleures intentions mais n’a pas su éviter ce contrôle de gendarmerie. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer à aider les gens qu’elle croise sur la route.

Le corbac aux baskets

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